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Le psychologue comme sujet de la pratique....
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La publication récente d’un livre de Bourdieu (philosophe et sociologue) reprenant les cours de 1989/1992 sur l’Etat, nous offre la possibilité de revenir sur la question de la liberté, du déterminisme et de la position subjective.

Bourdieu s’est rendu célèbre, dans les années 1960, en écrivant les héritiers et la reproduction où il dévoile la part décisive que prend l’héritage culturel dans la réussite scolaire. Il a pu être critiqué « à gauche » : on lui reproche sa théorie déterministe pouvant déboucher sur un fatalisme pessimiste.

Bourdieu avait sans doute pressenti que la méconnaissance des déterminations qui pèsent sur notre désir et notre action entravent notre liberté.

Dans l’une de ses préfaces, il indique : « La sociologie offre un moyen, peut-être le seul, de contribuer, ne fût-ce que par la conscience des déterminations, à la construction, autrement abandonné aux forces du monde de quelque chose comme un SUJET ».

Ainsi prendre conscience ce de qui nous détermine socialement favorise l’advenu d’un sujet.

Du côté de Lacan, le même débat s’est déroulé.

Foucault, (Qu’est-ce qu’un auteur ?) évoquant la théorie de Lacan, écrit : « A travers le discours du malade et de ses symptômes, ce sont les structures, le système même du langage – et non pas le sujet – qui parlent ».

Lacan l’a, c’est vrai, évoqué ainsi en se référant à Lévi-Strauss : « Dès avant que des relations s’établissent, qui soient proprement humaines, déjà certains rapports sont déterminés ». (Séminaire 11, page 24)

Bien évidemment, Foucault vise le sujet libre que la psychanalyse a défait en évoquant une triple détermination, « de l’inconscient, de la réalité et du surmoi ».

Mais, lors de la conférence de Foucault, Lacan intervient ainsi : « Il n’est nulle part question de la négation du sujet. Il s’agit plutôt de la dépendance du sujet ».

Ainsi prenant conscience de la double détermination, sociale et de l’inconscient, un psychologue peut-il advenir comme sujet ?

A partir de quelle analyse ?

L’expérience d’écoute des psychologues depuis 1986 m’a amené a évoqué le psychologue comme sujet de la pratique.

Assez souvent le jeune psychologue, fort de la puissance et des certitudes liées au savoir universitaire, se lance à l’assaut de l’institution avec enthousiasme, conviction et vaillance.

Habité par le désir de changer les choses, de pallier aux disfonctionnements institutionnels et d’en régler le malaise, le psychologue parle, analyse, nomme ce qui pourrait être « le mieux ».

Bien que ses paroles soient souvent pertinentes, c’est le moment précis où se déclenchent les forces telluriques institutionnelles qui l’agressent, le déchoient, l’excluent, l’isolent et le dénient, et le fracassent sur le roc de la réalité institutionnelle.

Cette situation est-elle sans espoir ? Doit-elle déboucher sur une plainte perpétuelle ? Sur un pessimisme définitif ?

N’est-ce pas le moment d’engager une analyse de sa pratique en évoquant les éléments de son implication ?

Que s’agit-il d’analyser ?

Justement ce qui détermine l’Institution notamment la réalité libidinale instituée, ce qu’implique ses discours maîtres qui se sont bâtis sur la mise à l’écart de la subjectivité psychique, et ce que j’ai nommé le transfert à priori sur le signifiant psychologue.

Qu’est qui fait que des psychologues vivent des évènements dont ils disent « qu’ils en sortent humiliés ? » C’est que fondamentalement notre signifiant professionnel implique qu’ les reçoivent les projections du refoulé de l’autre et d’abord sa fondamentale ambivalence et le sadisme qui l’accompagne.

Il s’agit toujours des mêmes processus qui se reproduisent quel que soit le lieu, la structure psychique du psychologue ou le discours en position maitre.

Notons au passage la singularité de l’articulation savoir/pouvoir : le psychologue qui enseigne dans toutes les écoles professionnelles se retrouve de plus en plus souvent sous la chefferie des uns ou des autres, ce qui réduit considérablement ses possibilités d’intervention.

C’est de cette analyse qu’advient la conscience de ce qui détermine notre acte et qu’advient le psychologue comme sujet de la pratique c'est-à-dire connaissant les effets de sa parole et le sens de son intervention. C’est le moment où se produit une certaine destitution moïque et où s’incarne une position excentrée assumée.

Georges Schopp