Les Billets de G.Schopp

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Quelques enseignements du procès Bonnemaison
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1) Présentation

Le docteur Bonnemaison, médecin aux urgences de l’hôpital de Bayonne est accusé d’avoir mis fin à la vie de 7 personnes par empoisonnement.
Le docteur Bonnemaison dit avoir eu trois objectifs : soulager les personnes en fin de vie, protéger les familles des malades, ainsi que les soignants.
Après ces évènements on évoque bien sur l’euthanasie, mais dans cette affaire, je voudrais démontrer qu’il n’en est nullement question.
C’est le procès de la toute puissance d’un médecin, de son égarement réflexif, et le procès de l’absence de dialogue avec la famille.

2) La toute puissance

Comme l’indique Le Monde du vendredi 13 juin 2014, le docteur Bonnemaison, c’est celui « qui décidait seul de raccourcir la vie »
Pour justifier d’avoir agit seul, le Docteur Bonnemaison avance que « le dialogue recèle des risques de vraies souffrances pour l’équipe et les familles ». C’est donc au nom d’un BIEN pour les autres qu’il agit.
La loi Léonetti préconise que la décision doit être collégiale et que l’équipe interdisciplinaire soit consultée. (Plutôt que pluridisciplinaire car il s’agit d’articuler des savoirs hétérogènes et non pas de faire fonctionner chaque signifiant professionnel dans le cadre d’un seul discours médico- naturaliste).
C’est justement ce « risque de vraies souffrances » qui justifie l’articulation de l’équipe interdisciplinaire, et précisément le psychologue clinicien, qui, favorisant la prise de parole de chacun, peut permettre une métabolisation de la souffrance des uns et des autres. Il va sans dire que ces moments sont toujours complexes et tragiques et échappent à toutes simplifications.
Seul, toujours seul, le Docteur Bonnemaison pense que parler de la fin de vie avec la famille, c’est, selon ses propos, « transférer une responsabilité de médecin sur la famille » (le Monde du 13/06/2014).Ne s’agit-il pas de maintenir des prérogatives dépassées ? (Qu’en est il aujourd’hui de la position sacrée du savoir médical et de la question du transfert sur le sujet sachant ?).
Une telle position n’est-elle pas le signe d’un certain fonctionnement psychique ? Quand, pendant le procès, il évoque « que son rôle n’est pas l’euthanasie mais de soulager la souffrance des patients », on a le sentiment qu’il parle …d’en soulager une autre, sa propre souffrance. On apprend un peu plus tard, que le Docteur Bonnemaison reste marqué par le suicide de son père et qu’il a connu plusieurs épisodes dépressifs (le Monde - 13/06/2014).

3) L’absence de dialogue

Comme je l’avais indiqué dans l’article du journal des psychologues autour des urgences (urgences, violences, silences – novembre 2013), l’articulation exclusive de la médecine au discours de la science a pour effet la mise à l’écart du champ de la parole dans les pratiques médicales. Le silence devient la règle, et les conséquences les plus visibles sont les violences, les conflits majeurs et les passages à l’acte ;
Cette orientation n’est plus tenable aujourd’hui. A côté de l’acte médical lié au naturalisme, il existe une autre procédure qu’on peut nommer clinique de l’écoute qui s’articule au champ de la parole et du langage.
Chacun sait que la formation médicale pêche, dès qu’il s’agit des relations humaines. Chacun sait aussi que la loi Léonetti, peu enseignée, n’a que peu transformer les pratiques, que la prise en charge de la douleur reste encore un combat à mener. Et que dire de l’angoisse, jamais évoquée dans ses impacts cliniques, pratiques et subjectifs ?
En essayant d’expliquer son geste vis-à-vis de la mère d’un plaignant le Docteur Bonnemaison évoque « le risque d’une détresse psychique » (leparisien.fr – 14/06/2014).
« Ce que je vous reproche, indique le plaignant, c’est que vous ne m’en avez pas parlé. On aurait pu discuter ensemble, tout aurait été différent. »
Le plaignant raconte que quelques années auparavant, ce même Docteur avait proposé d’arrêter la dialyse de son père. « Nous avions dit que nous étions d’accord, le médecin nous avait fait signer une décharge. »
On voit bien que ce n’et pas l’acte qui décide d’un procès mais bien l’incompréhension et l’absence de dialogue qui l’a précédé. Il n’est pas inutile de rappeler, dans l’ambiance paranoïaque actuelle, qu’il faut la conjugaison de trois causes pour que se déclenche une affaire judiciaire.
Il faudrait donc resituer cette affaire Bonnemaison dans l’ensemble de l’économie psychique et sociale de cet hôpital, dans ses conflits sociaux internes, dans les dysfonctionnements relationnels, dans la position de la médecine face aux demandes contradictoires qui lui sont adressées par la société.
De nombreuses fins de vie sont décidées dans le colloque singulier, à mi-mot, en employant toute la panoplie des traitements possibles… les mêmes que ceux employés par le Dr Bonnemaison à Bayonne.
Evoquant « qu’il avait fait cela pour les protéger » le plaignant répondit : « … vous n’avez préservé personne. Ni vous, ni le personnel soignant, ni nous. C’est pour cela qu’on est tous là aujourd’hui. »
« Je mesure là que je me suis trompé.» On ne peut mieux dire.

4) Conclusion

Pense-t-on que pour les relations humaines il n’y a pas besoin de formations ? Pense-t-on que, seul, on peut faire face à un tel drame que constitue la fin de vie ? Qu’est ce qui résiste dans le moi/corps médical aux préconisations de la loi Léonetti ? Cette loi répond elle à toutes les situations cliniques ? Quelle pratique mettre en place pour analyser l’angoisse qui traverse chaque médecin ?
La clinique nous révèle que, à l’approche de ce moment fatidique, la famille peut être dans des perceptions différentes (une épouse pouvant dire « je vous demande de ne pas le réanimer », et les enfants « papa va de mieux en mieux »). Qui peut entendre cette complexité ?quel cadre clinique mettre en place pour tenter de traiter ces contradictions ? Comment faire pour que la culpabilité, le déni, l’angoisse des familles soit entendus et ne bascule pas dans la haine des soignants ? Comment gérer la pression des familles ?
Face à la tragédie de l’agonie qui produit tant de souffrances chez les proches et les soignants, comment ne pas penser qu’un réel travail interdisciplinaire devient nécessaire ?

Georges Schopp, psychologue clinicien psychanalyste (23 juin 2014)