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Urgences, violences, silences !
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(Paru dans le journal des psychologues, novembre 2013)

Patrick Pelloux, médecin urgentiste au Samu de Paris, dans un entretien à Libération, en septembre 2013, donnait pour explication à la violence qui règne en ces lieux « le fait de tensions entre le personnel et les malades dues au manque de moyens et à l’attente des intervenants ».

Cette explication, renvoyant au factuel, nous paraît tout à fait insuffisante pour expliquer cette violence qui se déploie dans les services des urgences.

Comme toute activité humaine, la référence à la parole et au langage serait plus fructueuse.Certes, comme l’évoque Éric Roupie, professeur et chef de pôle des urgences au CHU de Caen, la violence à l’hôpital, c’est « le reflet de la société » (Ouest France du 25.09.2013).

Menaces physiques, insultes par les patients et les familles sont monnaies courantes et gagnent l’ensemble des services. Il n’y a plus, aujourd’hui, d’autorité supposée savoir, capable d’empêcher cette agressivité de se répandre.

« Les patients ont le sentiment que le personnel ne s’occupe pas d’eux », et le professeur évoque à juste titre que « le temps médical n’est pas le même que le temps du patient et de la famille ». Comment les rapprocher, justement, si ce n’est dans un dialogue avec les uns et les autres ?

Ces deux éminents spécialistes (dont il faut louer la technique médicale) ne peuvent se rendre compte qu’ils sont déterminés par le discours médical, lui-même articulé, voire confondu, à la science, qui se constitue justement par la mise à l’écart de la parole, du dialogue et de la subjectivité. Simultanément, la médecine est devenue opératoire mais au prix d’une déshumanisation radicale.

Et le silence que cette faille « épistémosomatique » produit autour de l’acte médical est à l’origine de la violence qui s’y déploie de plus en plus.

Vous pouvez entrer aux urgences en début d’après-midi, être pris en charge médicalement avec compétence et, pour autant, n’avoir ni explication ni information.

Après un certain temps, vous essayez d’interpeller quelqu’un, effectivement dans l’activité et l’action, sans obtenir de réponses à vos questions.

On peut observer que des médecins passent devant les lits sans regards ni paroles. Les infirmières (par mimétisme ?) vous prennent tension et température, sans mots dire. C’est à ce moment que, telle une marée montante, la tension envahit peu à peu le service et que des propos désagréables fusent, que l’énervement gagne les familles et que des conduites agressives se mettent en scène.

Ces questions sont d’ailleurs en débats ; je le tiens d’une cadre de santé qui m’a confié : « Cela fait plusieurs années que je leur dis de dire quelques mots ou de donner quelques explications. »

Il est peut-être temps de renverser l’unicité médecine / science et d’articuler la médecine avec le champ de la parole au-delà de l’idéologie scientiste et de l’activisme toujours mis en avant qui peuvent servir de pare-angoisse.

Dès lors, loin d’une réduction à la factualité, quelles pratiques mettre en œuvre qui prennent en compte l’interdisciplinarité, le dialogue et les effets de la parole ?

Peut-il y avoir des services d’urgences sans groupes de parole où peuvent s’évoquer peurs, angoisses, relations difficiles avec les uns et les autres ? Où peuvent s’analyser les attitudes soignantes déterminées par la mise en acte de la toute-puissance du savoir ?

Georges SCHOPP
Psychologue clinicien
Psychanalyste

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