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Voyage en Lycanthropie et des moyens pour en revenir....
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Voyage en Lycanthropie et des moyens pour en revenir

Quelques réflexions sur la Nouvelle Violence
                                          
Georges SCHOPP*

 

  1. Présentation 

Deux évènements  se sont associés  pour produire  ces  quelques réflexions :
Le premier concerne le débat  télévisé entre S. Royal et L. Ferry sur les nouvelles formes de violences des jeunes et les moyens d’y remédier.
Luc Ferry interpellait la gauche sur ses propositions face à ce qu’il qualifie de nouvelles violences, en indiquant que jusque-là, gauche et droite avaient échoué  à  les résoudre. (a).
Le second concerne mon expérience, déjà longue, d’analyste des pratiques (A.D.P.P.) d’écoute et de soutien des éducateurs et travailleurs médico-sociaux  en général.
Si jusque-là, la violence était la transgression d’une limite (le sentiment de franchissement d’un interdit mis en œuvre avec une certaine intentionnalité) elle est devenue aujourd’hui un agissement banalement redoutable, l’effet d’une désintrication pulsionnelle insensée, la mise en œuvre d’une « destrudo ». (1)
Nous nous retrouvons devant des jeunes totalement déstructurés  avec des problématiques archaïques graves (d’où l’importance des recherches en psychopathologie clinique).
Les  éducateurs évoquent «  une violence gratuite », des jeunes un peu «sadiques » qui font plus que nous «  emmerder » aux insultes et aux bruits incessants. (On peut évoquer une régression sadique-anale de l’économie libidinale institutionnelle).
De plus en plus souvent, non sans réticence d’ailleurs puisque cela heurte leur bienveillance professionnelle, les travailleurs sociaux utilisent à propos des jeunes dont ils ont la charge le terme de « bête sauvage » ou, quand ils sont en groupe, celui de « meute ».
Nous devons prendre au sérieux la parole des éducateurs sur la nouvelle violence d’autant plus qu’elle se dit dans des institutions différentes et revient systématiquement dans nos A.D.P.P. comme objet d’analyse.
Nous voilà en pleine lycanthropie, terme qui signifie depuis le Moyen-Age, la transformation de l’homme en loup.
Les équipes ont le sentiment d’un franchissement de la jointure Nature/Culture, d’un retour  à l’en deçà du meurtre et  de la manducation du père  à l’origine du lien social. (2)
Comme nous le prouve de nombreux exemples cliniques, la prohibition de l’inceste et du meurtre est… poreuse.

2. Délitement familial

Les travailleurs sociaux sont en première ligne de cette destruction accélérée des liens sociaux et familiaux, de cette nouvelle violence sans autre intentionnalité que détruire, faire(le) mal, une violence hors sens comme on dit d’ une culture qu’elle est hors sol, une PURE HAINE, comme on parle d’un pur amour. (3)
Ils accueillent ces jeunes issus de familles éclatées, de familles détruites ; mères dans l’impossibilité de produire tout acte éducatif,  mères perverses utilisant l’enfant à leur  convenance, le serrant dans leurs bras en l’étouffant presque, et, dans le même temps, le rejetant méchamment ; pères et mères à la sexualité mise en scène devant tous produisant un écrasement de l’imaginaire de la scène primitive ; pères et mères poly-addictifs,  scotchés du matin au soir devant la télé décérébrante .
Quant aux pères, de plus en plus désemparés, ils ne mentalisent même plus qu’ils le sont, n’ayant pas à rejeter l’enfant puisqu’ils ne l’ont pas accueilli. Ils n’assument ainsi ni  responsabilité  socio –affective, ni engagements éducatifs.
La violence règne sans partage dans ces familles où l’alcool et  la maltraitance mènent la danse.
(Loin de moi, l’idée d’idéaliser la supposée  famille d’avant où les actes les plus abjects s’y déroulaient sous couvert de la bienséance bourgeoise ; qu’on lise à ce propos les écrits de N. de Saint Phalle).
Cette déconstruction est liée aux effets de notre civilisation moderne et d’un nouveau capitalisme briseur des liens sociaux par l’attaque du socle et  des piliers culturels de  nos démocraties. (4)
Pour parachever ce sinistre tableau, nous venons d’analyser en ADPP une situation familiale où les enfants sont placés …… avant de naître. La mère, totalement dé insérée, addictive, est incapable d’identifier le père.
Dans ce sombre tableau, elle a malgré tout tenté de reprendre son enfant quand elle a retrouvé un peu de stabilité, trace positive   que nous devons rechercher et faire fructifier dans chaque situation et sur laquelle peut s‘étayer une pratique éducative, un dégagement possible.
Elle n’en est pas arrivée là sans raisons ; elle fut elle-même victime de mauvais traitements confrontée  à  une mère insuffisamment bonne et à un père violent, alcoolique et incestueux. (… qui lui-même….).
Ce qui devient massivement  dramatique aujourd’hui  c’est la répétition trans-générationnelle. L’enjeu majeur de nos pratiques, c’est justement d’enrayer ce processus.

2. Une famille un peu lourde

Quand les intervenants psycho-sociaux parlent de «famille un peu lourde », c’est toujours un euphémisme :
C’est une famille très suivie par les services sociaux ; le père a fait de la prison pour attouchement sexuel  et la mère est fragile et très dépendante. L’équipe remarque que  le petit est «moins bien » et qu’il reste prostré depuis quelque temps. Que découvre l’équipe ?
La maman a accouché, dans les toilettes d’un enfant mort  sans que personne ne se soit rendu  compte de sa grossesse. Ce sont les autres enfants qui ont pris le bébé dans leurs bras …. en pleurant. Quand le père a informé l’institution, il a dit : « Il y a une couille à la maison ».
Prendre tout de suite en charge psychologiquement les enfants, mettre en place une présence d’aide à domicile pour la mère devrait être le minimum de l’intervention psycho-sociale.
Mais hélas, les listes d’attente sont telles que ce minimum n’est même pas possible aujourd’hui. (b)
Si la famille est le lieu d’éducation pour que les enfants prennent leur place dans la société, on admettra que pour certains c’est plutôt mal parti.
Voilà donc la réalité à laquelle sont confrontées les équipes.

3. Analyse

Dans un texte peu connu mais  extrêmement intense, « l’enfant mal accueilli et sa pulsion de mort », Ferenczi évoque « le déchaînement d’une tendance à l’autodestruction, presque qu’exempte des inhibitions de la volonté de vivre ».
Il remarque que pour les patients présentant  les pathologies les plus graves, ils ont été « des hôtes non bienvenus dans la famille ».
Il explique que les bébés ont dû ressentir les signes  d’aversion, d’impatience et pour tout dire d’ambivalence et de rejet de la part de la mère.
Ce type de spirale mère/enfant a pour effet la désintrication pulsionnelle, l’infantilisme émotionnel, l’incapacité à soutenir une activité prolongée.
Ces enfants ont d’ailleurs l’étonnante capacité de « casser quand ça va bien ».
Ces enfants ont fréquemment tendance à mettre en acte dans leur relation une forme de sadomasochisme. Un adolescent, sur la scène institutionnelle excite l’autre favorisant son passage à l’acte sadique (cas de figure souvent évoqué en A.D.P.P. : la victime n’a pas été sans provocation).

4. Espoir

Un jeune arrive dans l’institution, il est d’emblée agressif, mord, balance des barres de fer sur le car de ramassage, il ment. Quand il est prêt à agresser, il devient rouge, il serre les dents, il grimace….. Il passe à l’acte. « Une vraie bête sauvage ».
Il mange gloutonnement, là aussi sans limite, il se remplit… la maman ça la fait rire….. Elle est puérile…. Elle a dix ans dans sa tête…. Le père n’a jamais été là…..
« Il  ne se lave pas … ni le corps, ni les dents … on a l’impression qu’il a mangé un « rat mort »… dans ses dessins il y a toujours quelque chose de morbide… du sang….. des flammes… il regarde toujours des films gores … l’année dernière il s’est mis en colère … il a cassé les doigts d’une éducatrice… il ne fait que nous  taper dessus … »
« Nous l’avons cadré petit à petit » évoque une éducatrice. « Peu à peu on a senti qu’il était accessible à nos discours ». Nous l’avons empêché de faire du mal aux autres, et cela l’a rassuré.
Il est  encoprétique… . J’ai décidé de laver son linge avec lui.
« C’est à partir de là qu’on a pu avancer avec lui »
VOUS LISEZ BIEN : c’est en lavant la merde de ce jeune qu’une éducatrice a renversé le processus de violence et l’a introduit sur la route de l’humanité.
Ce n’est pas trop  bling ! bling ! Mais  c’est bien souvent le travail des intervenants psycho-sociaux.
N’est-ce pas cette éducatrice qui mériterait la légion d’honneur, permettant à un jeune de faire le pas qui le raccroche à l’humanité, plutôt que le PDG d’un laboratoire pharmaceutique sans scrupules ?(c)

5. Conclusion

Si certains ont choisi d’instrumentaliser cette déstructuration sociale (qui  n’est  que la conséquence de certains de leurs actes économico-politique !) d’autres pensent qu’augmenter les moyens suffiraient pour résoudre ces problèmes.
Si cela est nécessaire aujourd’hui  puisque listes d’attentes et  flux tendus sont devenus la règle, ce sont des réformes d’une toute autre ampleur et un renouvellement complet des pratiques qui peuvent prétendre  enrayer une si funeste destinée ( au cas par cas).
Cela passe par une refondation  des cursus professionnels  à partir du réel des pratiques. Certains lieux ont commencé à le faire et il faut  les saluer.
Cela passe par la constitution d’un espace thérapeutique familial interdisciplinaire, avec des intervenants formés aux meilleures références. 
Cela passe par la libéralisation des énergies créatrices praticiennes  (comment ne pas décourager  les initiatives ?) ; pourquoi ne pas en finir avec le pauvre management  organisationnel qui rabaisse la fonction cadre ou de direction au niveau d’un magasinier d’humains ? (Les cadres sont tellement importants pour favoriser l’instauration, le dispositif et la pérennité institutionnelle des  pratiques innovantes !)
Cela passe par la juste place à donner aux cliniciens  et à leurs orientations.
Si nous en somme revenu  à  l’acte  peut-être que la perspective reste la PAROLE.

Février 2011

 

*psychologue clinicien psychanalyste, analyste des pratiques
gschopp14@gmail.com
Notes et bibliographie

 

  1. Qu’un philosophe d’une telle qualité intellectuelle soit compromis avec celui qui a participé avec jubilation à la destitution du savoir dans notre culture française me laisse pantois ! Sa politique de restriction des postes d’enseignants et de démantèlement des postes de surveillants dans les établissements  a  participé à la déshumanisation de l’école.
  1. Il peut arriver à certains directeurs d’hôpitaux pour plaire à leur Maître financier, de ne pas remplacer les départs en retraite : 2 postes de psychologues temps plein dans mon  ancien hôpital ; j’y suivais entre autre trois obligations de soins ayant commis des  faits graves…ils sont dans la nature ! Mon collègue suivait en psychothérapie  analytique les enfants et ados les plus difficiles. Que sont-ils devenus ?

 

  1. Je m’indigne qu’aucune autre pratique que celles imposées par les laboratoires pharmaceutiques ne soit mise en place dans les hôpitaux. L’exemple de la dépression est édifiant : j’affirme avec force que  la moitié des cas étiquetés dépression ne le sont pas ; ce sont des névroses d’angoisse et des névroses hystériques(les laboratoires ont pesé sur les  diagnostics en faisant disparaître la riche clinique française en psychiatrie au profit d’une nomenclature américaine insipide ! ). Pour les  dépressions  vraies plus de la moitié peuvent être traitée par psychothérapie analytique !  L’hystérie prend le masque  de son époque aujourd’hui  le masque de la dépression ; un entretien clinique approfondi le révèle immédiatement.
  1. Lacan   séminaire 7 p 228

2) Totem et tabou – Freud - Gallimard
Incorporer le symbolique – Mayette  Viltard  l’une bévue n°6
Lacan et les sciences sociales – Zafiropoulos – PUF 2000
3) Le Pur amour de Platon à Lacan – Jacques Le Brun – Le Seuil
4)  un monde sans limite – 1997 ; Lebrun – point hors ligne
La perversion ordinaire – 2007 ; Lebrun – Denoël
Etre français.  Les quatre piliers de la nationalité ; Weil Patrick édition de l’Aube

 

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