La clinique dans tous ses états ...
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La clinique dans tous ses états
Juillet 1988


Au-delà des aspects juridiques posés à la législation du titre de Psychologue.

 

 

C’est bien de la reconnaissance d’une profession, dans son autonomie, et de l’émergence d’un nouveau corpus théorico-pratique (se fondant sur la parole d’un sujet, ce qui met fin à son étiquetage, à son enfermement nosographique) qu’il s’agit de prendre en compte aujourd’hui.
Après plusieurs siècles de mise à l’écart de la psychologie, celle-ci trouve désormais sa place dans la cité.
Pourquoi aujourd’hui ? A quelles mutations historico-sociale et épistémologiques correspond ce phénomène ?
Le fait même que nous en soyons les acteurs rend difficile toute réponse à cette question.
Peut-être peut-on signaler que l’état ne reconnaît pas sans intention une profession ? Il pressent qu’il peut en attendre quelques effets. Certes, peut-on penser qu’enfin soit prise en compte la personne humaine dans sa complexité ?
Mais remarquons cependant que cette législation advient dans une société en crise (dont les mutations sont équivalentes à celles du 17ème siècle qui la législation du titre de … docteur en médecine) où l’angoisse semble l’affect le mieux réparti dans la population, qu’on constate un effondrement de tous les systèmes de référence, et que très certainement nous entrons dans une société d’ l’individualisation.


D’ici à penser que certains réduisent notre rôle à adapter les individus à ce nouvel état de fait « à leur faire supporter le degré de renoncement exigé par la société au nom de son idéal » (Freud, malaise dans la civilisation, p. 34), il n’y a pas loin.
Quand on pose à des hommes politiques la question de la place de la psychologie dans leur projet, l’un d’eux répond : « Pour que chacun joue le rôle qui lui incombe dans la société libérale que nous souhaitons mette en place, il faut que chacun soit bien dans sa peau. » (journal des psychologues n° 56). 
Du côté de l’université, est-ce par hasard que l’on constate une volonté de réduire l’enseignement clinique au profit de la psychologie du travail ?
Les psychologues étaient assez souvent des intervenants de seconde intention. Peu à peu, de façon sensible, des usagers de plus en plus nombreux demandent directement notre intervention.
Les conflits qui éclatent ça et là sont la conséquence de cette évolution : les psychologues souhaitent prendre en compte cette demande, mais le pouvoir en place l’interdit.


Ainsi notre collègue pour lequel on ne prévoit pas de bureau lors d’un déménagement, ainsi telle autre à qui on propose un …  débarras. Pour preuve aussi les récents propos du Dr Zambowki, psychiatre, chargé de mission auprès de Mme Barzach qui indiquait « que si l’opposition chimie/psychothérapie était dépassée, il était préférable malgré tout de s’adresser en premier recours à un médecin plutôt qu’à un psychologue sans formation médicale ».
Au fondement de ce propos, on retrouve cette phrase, signe de la dominance de l’ordre physico-antomo-neurobiologique : « Il faut d’abord écouter la cause organique ». Mais, premièrement, l’ensuite ne vient qu’en de trop rares occasions (Il faut saluer ici les médecins, mais aussi les assistantes sociales, les enseignants, les éducateurs, qui, en fonction de leurs savoirs respectifs, travaillent en étroite collaboration avec les psychologues).


Deuxièmement, l’évolution des souffrances, l’évolution du savoir, qui montre l’intrication du psychisme et du somatique dans de nombreuse pathologies, voire l’origine strictement psychique de la plainte (malade dont on dit « qu’il n’a rien » et qui représente le chiffre le plus couramment admis, soit 50% des consultations), tous ces éléments nous révèlent qu’il est tout aussi important aujourd’hui de ne pas passer à côté d’une problématique psychique : le préjudice pour un patient peut être tout aussi lourd de conséquences.
Bien évidemment, ce clivage est à dépasser et l’adhésion à la pluridisciplinarité serait incontournable si elle représentait une véritable articulation contractuelle.
Il nous reste, chacun selon son style, à assumer ce moment historico-social qui inscrit le signifiant psychologue comme pouvant résoudre certaines difficultés auxquelles sont confrontés les usagers.


Nous devons nous garder de tous sentiments de puissance, car la tâche est rude. Les souffrances qu’on nous apporte mettent en jeu nos limites et nous obligent à une réflexion et un travail toujours plus approfondi.