La clinique dans tous ses états ...
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La clinique dans tous ses états
Avril 1989


Pour Luigi

 

 


Il existe pour aborder la question des tests, plusieurs directions : d’abord celle de la position du psychologue vis-à-vis des tests, ensuite celle de la demande de tests (cette demande est, d’ailleurs, peut-être liée à l’offre qu’à un moment de notre histoire nous avons produite).
Vis-à-vis de cette demande de tests, l’analyse psycho-clinique va nous servir de guide puisque cette demande peut être surdéterminée soit par des questions liées à l’angoisse du demandeur face à un patient (liée donc à la question du sujet de l’inconscient), soit à des questions socio-politiques, c’est-à-dire liées à la volonté d’assujettissement du psychologue dans une position d’auxiliaire au service d’un discours ou d’une norme (liée donc à la question du sujet social).
Face à une demande de tests, la rencontre avec le demandeur me paraît, là où c’est possible, nécessaire car il peut s’agir d’une difficulté que rencontre un intervenant de première intention, difficulté en relation avec un point aveugle personnel ou clinique.


Ce dialogue peut suffire pour le dépasser, mais nous pouvons aussi proposer de répondre à la question qui nous est posée selon la méthode qui nous est propre. Il peut s’agir d’une volonté de nous utiliser comme un prestataire d’examen complémentaire, de nous assigner à une place de para-technicien (à côté des examens sanguins, radiologiques, du bilan social, etc…).
L’accepter, c’est renoncer à son désir et trahir un long cheminement professionnel visant à l’autonomie de l’utilisation de nos techniques et de nos méthodes (cf. « un point d’histoire », dans ce numéro).


Mais il se peut que le psychologue souhaite utiliser les tests, entre autres, pour donner une base (supposée) scientifique au résultat de son investigation. On peut, dès lors, légitimement se demander, à la suite de Juliette Favez-Boutonnier si, en employant les méthodes expérimentales que sont les tests, « on fait encore de la psychologie clinique ».
En fait, le psychologue concède au diagnostic et il répond à la demande … de l’institution. Il s’éloigne, dès lors, de la question fondamentale qui est d’entendre ce qu’il en est de la souffrance du patient dans une perspective qui ne serait pas celle de l’objectivation, mais celle de l’engagement dynamique.
Il s’agit donc, pour le psychoclinicien, qui ne recule pas devant son implication et donc qui ne recule pas devant le travail infini, d’interrogation permanente qu’il a à mener sur lui-même, de s’inscrire dans un processus clinique où la parole devient l’axe fondamental de l’intervention. On ne va jamais au-delà de ses limites, surtout dans les entretiens préliminaires et c’est à cela que les tests sont, de fait, supposés répondre. (Le fait qu’ils aillent plus « profondément », plus « rapidement » est aujourd’hui remis en cause).


Pour l’avoir expérimenté et confirmé dans des discussions avec des collègues, on va d’autant plus loin dans l’écoute de l’autre qu’on a pour soi-même travaillé sur sa propre surdité, déterminée par ses propres nœuds.
Avec les tests, on concède à l’air du temps de l’impérialisme de la science « par le postulat fondamental de la psychologie du vérifiable » (Huber). De façon identique à la psychologie, la psychologie clinique, du fait de la multiplicité des méthodes qui la traversent n’est plus une notion opératoire. Refuser toute compromission avec des techniques issues du scientisme, c’est retrouver le sens de la démarche clinique en psychologie et c’est laisser une ouverture alternative radicale pour un patient qui souffre.


Janet s’en était d’ailleurs bien aperçu en affirmant en 1913, son regret d’avoir consacré autrefois trop de temps aux tests et en indiquant « qu’ils ne sont que des procédés qui ne peuvent servir qu’à exprimer avec une apparence de précisions scientifiques des résultats auxquels on était déjà parvenu par l’observation clinique ».

Ce qu’il s’agit aujourd’hui de promouvoir, c’est bien une clinique fondée sur l’écoute dans un colloque singulier.