La clinique dans tous ses états ...
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La clinique dans tous ses états
Juin 1989


Deux évènements ont marqué, dans notre champ, le premier centenaire de la révolution, à la fin du 19ème siècle.

 

Le premier, c’est le travail inauguré par Ribot qui marque une rupture de la psychologie vis à vis de la philosophe. C’est, en fait, une rupture avec la psychologie réduite à l’introspection.
Malheureusement, Ribot, dans un deuxième mouvement va l’aliéner à la psychologie dominante en Allemagne à un moment où Freud, formé par cette école, s’en sépare.


La deuxième, conséquence de ce qui précède, c’est la première pratique clinique en psychologie manquée par Janet, élève de Ribot. Il est appelé par Charcot pour étudier les phénomènes somatiques qui ne correspondent pas à un substratum organique. Janet mettra en place le premier laboratoire en psychologie. A cette époque, pour développer sa pratique et ses recherches psychopathologiques, il est obligé de faire sa médecine.


Pour quelles raisons Janet, dans sa réflexion, composa-t-il avec des concepts médico-psychiatriques tels que l’hérédité et da dégénérescence ? En tout cas, cela n’empêcha pas son exclusion de la Salpêtrière par le tandem Babinsky/Déjérine (la neurologie et le traitement moral). En tout cas, sa réflexion trouvera ici ses limites et c’est Freud qui donnera toute sa dimension à la perspective dynamique de la réalité psychique.
Le deuxième centenaire de la révolution que nous fêtons aujourd’hui marque, pour la psychologie, une mutation tout aussi considérable.


D’abord, disons-le, est posé par nous et par d’autres (les infirmières) la question de la démocratie dans le champ des pratiques sanitaires et sociales. C’est bien trop souvent « un seul » qui décide des projets thérapeutiques ou des espaces institutionnels.
Mais plus spécifiquement, ce qui se dessine aujourd’hui c’est l’autonomie des pratiques psychologiques et des psychologues.


Ces pratiques psychologiques autonomes prennent leur fondement sur la reconnaissance de l’importance de l’intra-subjectif dans les situations-problèmes divers que rencontre une personne.
Pourtant, rien n’est plus simple puisque cette émergence se produit à un moment où la science (l’ordre neuro-bio-chimique) domine les pratiques. A un moment aussi où en réaction à ce qu’il faut bien appeler des pratiques désubjectivantes, les savoirs paranormaux (occultismes, toucheurs, voyants, etc…) recueillent l’assentiment du public.


Il est donc nécessaire que la psycho clinique affirme ce qu’elle est et ce qu’elle offre.
Tout d’abord, une rupture avec le savoir théorico-livresque qui fonde souvent un discours éloquent mais une pratique modeste. Une rupture aussi avec toute technique supposée scientifique mais qui produit une objectivation de l’individu identique aux pratiques scientifiques (une tendance entraîne la psychologie par le biais des tests psychotechniques à se mettre au service de la norme). Ce moment psycho-clinique est donc la mise en œuvre d’une clinique de l’écoute dans le champ sanitaire et social.


Ce travail d’écoute nécessite une longue formation du côté de l’écoutant pour qu’il puisse au-delà de ce qui est dit, entendre la souffrance réelle du patient qui parle. Ce bicentenaire est marqué par une mutation du statut de la souffrance et donc par une mutation épistémologique.


L’émergence sociale de la profession du psychologue correspond à ces transformations et cela nous introduit à un nouveau mouvement de laïcité de la clinique.