La clinique dans tous ses états ...
free template

LA CLINIQUE DANS TOUS SES ETATS


J’avais proposé le graphisme suivant pour le titre de cette rubrique : (le titre en forme de vague)
Décembre 1985

 


Son informatisation n’est pas sans m’interroger car cela nous plonge dans cette ère de l’ordinateur que je considère, pour ma part, comme une ère Orweillienne, une intensification de l’ère Technicienne, une ère de réduction et de normalisation de l’esprit, une ère de la nov(basic)langue.
C’est très précisément l’ère de la disparition possible du sujet, donc de la psychologie et plus particulièrement de toute pratique de la clinique.
Cela commence par la bureautique, cela se poursuit par la mise en page, cela pourrait-il finir par ce qui doit être pensé ?


… Winston arriva tant bien que mal à l’hôpital.
A l’entrée du service, il appuya sur un bouton. Le numéro de sa chambre s’inscrit sur un écran. Là, une voix métallique lui ordonne de se déshabiller. Winston, déjà affaibli, eut un regard apeuré et circulaire. Peu rassuré, il ôta ses vêtements. « Allongez-vous sur le lit. » un robot se déploya, le ponctionna par tous les trous et lui présenta des feuilles normalisées à remplir (1). Les résultats furent directement transmis à l’ordinateur qui recracha la thérapeutique : « No comment. »
Gainsbourg venait de pirater l'ordinateur. Ouf !
Surprise et étonnement …...


On connaît l’adage qui consiste à affirmer que l’œuvre de Lacan est incompréhensible. T* est un jeune homme considéré comme débile et caractériel. Un changement de lieu institutionnel le baigne dans un discours un peu plus chaleureux, ce qui produit des effets positifs immédiats.
Je le reçois régulièrement en entretien avec sa mère et son infirmière référente. L’une de ses phrases favorites est la suivante : « Ca ne tourne pas comme je veux ! Ça commence à me faire chier ! ». C’est vrai que sa mère disait récemment : «  Vous savez, avec mes enfants je suis l’amie, la mère, le père. » Celui-là, d’ailleurs a élu domicile au café du coin. De toute façon, il a toujours considéré T* comme un « idiot ».


Il y a dans mon bureau quelques affichettes où sont écrites quelques phrases qui me paraissent être au cœur des problématiques humaines.
Il se leva et se dirigea vers l’une de celles-ci. Il s’agit d’une phrase de Lacan : « Le réel, c’est le heurt, c’est le fait que ça ne s’arrange pas tout de suite, comme le veut la main qui se tend vers les objets extérieurs » Il me regarda et dit : « Mais ça parle de moi, ça ! »
Je lui proposais de la lire à haute voix et de la commenter. Ce qu’il fit de façon tout à fait honorable, si ce n’est, exceptionnel.
Et vive la rigueur de la science !


Chacun a pu s’en rendre compte, les cancers sexuellement transmissibles ont occupé une place éminente dans les débats des dernier mois (Sida, etc…)
Le professeur Mathé a lancé une véritable bombe en affirmant que « au moins 20% des cancers sont transmis sexuellement ». La libéralité de mœurs était donc condamnable. Le « au moins » m’avait fait sursauter quand on sait que la rigueur statistique est l’un des piliers de la méthode expérimentale. Ce qu’affirmait un peu plus tard le professeur Schwartzenberg montre que ma vigilance n’était pas superfétoire : « Mais il est excessif de dire que 20% des cancers peuvent être transmis par voie sexuelle » (Il cite, lui, le chiffre de 11%).
Laissez tomber, docteur, tout cela est affectif.


Je rappellerai ici que quelques mois plus tôt, le même, interrogé sur les théories psycho dynamiques autour du cancer indiquait : « Il parait qu’elles existent, mais tout cela ne peut être prouvé expérimentalement. »
Que la science et l’ordre moral fassent bon ménage, c’est ce qui nous est une fois de plus démontré.


Il est impossible pour l’ordre médical de discourir de sexualité autrement que moralement ou pornographiquement (les chansons de salles de garde). Freud l’avait parfaitement noté à la lecture des déclarations qui accueillirent « ses trois essais ».
A propos du rapport sur l’évaluation des techniques médicales.
Malgré leurs déclarations, les nouveaux pouvoirs publics ont peu innové pour contrôler et réduire les dépenses de la santé.


Le rapport va-t-il changer quelque chose ? Les examens de laboratoire, comme le note le professeur Papiernik (rapporteur) suivent une courbe inflationniste. Sont-ils toujours nécessaires ? Les médecins ne sont-ils pas obligés de satisfaire une demande qu’ils ont eux-mêmes induite en développant le caractère magique de ces nouvelles techniques ?
Je me souviens d’un entretien avec des parents, qui, très résistants à aborder les relations entretenues avec leur fille, m’affirmèrent « Ce sont ses nerfs . Après un bon scanner tout devait rentrer dans l’ordre ».


La vraie question, ce n’est pas comment bien gérer la technologie médicale qui de toute façon ne peut s’engager que dans un toujours plus, mais plutôt de repérer les limites d’une telle pratique. Une part considérable du pathos n’échappe-t-elle pas à son entendement ?
C’est donc par un abord résolument qualitatif que tout ceci doit être envisagé. Est-ce encore possible ?