La clinique dans tous ses états ...
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La clinique dans tous ses états
Février 1990


Pour l’interdisciplinarité
Il n’y a pas de travail d’équipe.

 

 

la pluridisciplinarité est un leurre et pour paraphraser les surréalistes « une charrette dans une ornière ». Dans le mémorandum, ce qui est défini comme pluridisciplinarité (p11) correspond en fait à l’interdisciplinarité, ce qui paraît être la notion adéquate de notre offre collective.
La pluridisciplinarité correspond à une maladie infantile de notre histoire professionnelle, du temps où nous pensions que pour exister, il nous fallait une place dans les lieux des autres et dans des équipes, où, il faut bien le dire,« on nous avait à l’œil ».


Sommes-nous prêts, tout d’abord, à tirer les conséquences et à assumer le titre qui, de fait, détermine historiquement et socialement une autonomie professionnelle et identifie notre profession à un champ idéo-référentiel et à des pratiques ?
Jusque-là, on voulait bien (quelquefois) des idées des psychologues qu’on transformait d’ailleurs en « trucs », en techniques, généralement longtemps après leur énonciation, mais pas vraiment, des psychologues. On percevait très bien que la présence de ce professionnel ne resterait pas sans effet.


Le Titre, qu’on le veuille ou non, introduit une nouvelle découpe des choses, découpe qui pose beaucoup de problèmes aux autres qui confondent pratiques psychologiques et psychologie naturelle. (Tout le monde fait de la psychologie, comme M. Jourdain fait de la prose). Comme les facteurs psychologiques semblent être reconnus comme déterminants ici ou là, on peut aujourd’hui entendre des professionnels jusque-là hostiles à la psychologie dire : « la psychologie, c’est moi qui la fais ». (On m’informe que des pédopsychiatres se présentent devant les usagers …. Comme des psychologues. Cela passe … mieux).


Plus fondamentalement, promouvoir la pluridisciplinarité, c’est favoriser l’intégration de la psychologie clinique au discours maître qui est un discours positiviste. (Ce qui représenterait le mieux ce processus, ce sont les poupées russes : il y en a généralement cinq à six qui s’emboîtent les unes dans les autres : laquelle représente le professionnel de la psychologie ?)
C’était limpide dans le livre récent d’un psychiatre consensuelo-médiatique qui affirme que la psychiatrie est constituée de trois courants biochimique, sociologique, psycho-dynamique et qu’il fallait tous les prendre en compte …. Mais sous l’égide de la biochimie. Rencontrant un de ses assistants dans un colloque où nous intervenions tous les deux et où celui-ci parlait « d’approche pluridisciplinaire », je lui indiquais que la pluridisciplinarité ne serait pas la même dirigée par un sociologue ou un psycho dynamicien : il en a convenu avec un sourire qui en disait long.


Quand on regarde fonctionner des réunions qu’on appelle généralement et pompeusement « d’évaluation pluridisciplinaire », il ne s’agit bien souvent que de lieux d’objectivation des patients, en fait d’un cartel de défense des intervenants sans oublier de dire aussi qu’elles fonctionnent comme une mère omnipotente : l’équipe pluridisciplinaire se constitue sur un modèle imaginaire.
Cet abord socio-historique ne doit pas occulter ce qu’il en est du DESIR du psychologue, en particulier, et de la profession en général. L’autonomie statuaire est nécessaire mais insuffisante si elle  ne correspond pas à une autonomie psychique du psychologue et chacun sait qu’il existe des craintes fantasmatiques à l’assumer. Que le psychologue mène ce travail intrapsychique permet qu’il advienne comme SUJET D LA PRATIQUE et lui permet aussi d’assumer son HETEROGENEITE, sa spécificité et, tout compte fait, sa solitude. Car fondamentalement, le psychologue est le professionnel étayé sur un savoir refoulé, voire mis à l’écart dans la culture. (Quelle folie, tout compte fait, nous a amenés à exercer cette profession ? N’est-ce pas cela qui est à analyser comme un symptôme pour chacun ?).


Assumer cela, c’est se donner la possibilité de différencier son OFFRE face aux discours positivistes : médico-scientifique, pédagogique, socio-éducatif, administrato-économique, qui ont tous, certes, une légitimité, mais dont on ne peut accepter la volonté hégémonique et totalitaire.
Dès lors, est-ce que le psychologue n’a pas à travailler avec les autres ? C’est … étonnamment quand il a mené ce travail que les demandes lui arrivent, voire affluent. Cela ouvre alors une pratique interdisciplinaire qui prend en compte ce qui fonde chacun, dans le cadre SYMBOLIQUE d’une articulation contractuelle, c’est-à-dire d’un échange de paroles préalables : REFUSER de participer à ce qui s’instaure peut, dès lors être un ACTE … qui permet que les choses prennent une tournure différente, c’est-à-dire conforme à une certaine éthique.


Cette offre nommée pour ma part psycho clinique comporte des entretiens préalables du même nom, qui veut s’ouvrir sur un acte psychothérapique pour un patient, sur une analyse des pratiques pour les soignants, sur l’instauration d’un travail institutionnel dans un cadre spécifique que j’ai nommé symboligène (cf. Emma, in cahiers de l’ANREP, n) 66).

Cette pratique se met en œuvre avec des médecins, des infirmiers, des éducateurs, des assistantes sociales, et l’analyse de la demande devient l’acte originel et fondateur d’une pratique complexe, adaptée à chaque situation-problème et rénovée.