La clinique dans tous ses états ...
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La clinique dans tous ses états
Avril 1991


Le concept de psychoclinique recouvre simultanément une tentative de théorisation de la situation du psychologue en institution et une conception clinique à laquelle s’attachent des offres spécifiques d’interventions.

 

Du fait même de cet acte qui vise à l’écoute d’une personne dans sa singularité, la clinique ne renvoie pas à un système de signes préétablis mais au sens que prennent les paroles prononcées pour le sujet. Se pose alors la question éthique de notre offre. (Ceci, de façon incontournable du fait de notre autonomie souhaitée). Nous mettrons-nous au service d’un autre discours ou d’une demande qui ne serait pas celle du sujet ?


Tenter d’appréhender notre pratique, c’est nous ouvrir à une certaine complexité qui éloigne simultanément du confusionalisme et du totalitarisme. S’interroger sur la complexité d’un phénomène, c’est s’orienter vers un certain dévoilement de processus diversifiés qu’il s’agit de dialectiser. Si cette ouverture à la complexité ne laisse que peu de perspectives de synthèses (il faut renoncer à l’idée « d’un point du jour », lieu de résolution des contradictions) et nous oriente immanquablement sur « l’impossible du réel », on peut néanmoins tenter d’appréhender un problème tout en sachant sa résolution par essence incomplète.


La pratique du psychologue se déploie dans un lieu qui a une histoire et une fonction socio-étatique spécifique. Cet espace institutionnel est surdéterminé par des discours spécifiques (médical, pédagogique, social, …). Ces discours sont toujours des discours positivistes, supposés scientifiques. La spécificité de ces discours, à l’origine même de leur constitution, c’est la mise à l’écart de ce qui est supposé fonder notre pratique, d’abord sensible, puis l’affectif, puis la réalité psychique.


Par ailleurs, l’institution fonctionne selon des règles juridico-administratives spécifiques et l’un des faits actuels c’est leur emprise de plus en plus réelle sur les pratiques. (Ceux qui par leur pratique libérale pensaient être exemptés de ces problèmes se trompent, comme le montrent de nombreux exemples récents).
La mise en œuvre de son acte confronte directement le psychologue à la réalité institutionnelle. Celle-ci est déterminée par le désir/projet du responsable, par des phénomènes qui renvoient à l’économie sociale et dont la notion de pouvoir est la pierre angulaire (qui va bien au-delà, bien entendu, de l’exercice d’une chefferie) et à l’économie psychique groupale fondée sur des fantasmes spécifiques et un mode de jouissance particulier.


Sur cette scène institutionnelle, se déploient des mécanismes de défense spécifiques, des résistances dont certaines paraissent essentielles, c’est-à-dire transcendantes à l’être-là des uns et des autres, mais aussi des phénomènes transférentiels (le psychologue supposé savoir : c’est à partir d’une séparation de son savoir qu’un travail peut justement se mettre en œuvre). Ces phénomènes sont nécessaires pour qu’une demande advienne, mais très difficiles à gérer du fait même du regard et de la présence incarnée du psychologue.


C’est pourquoi la démarche du psycho-clinique implique fondamentalement que le psychologue s’interroge à quels processus inconscients il est assujetti et dans l’infini de son travail sur son désir d’être psychologue. Cette interrogation l’amène à un détachement de l’Autre et de la place phallique qu’il occupait. Ainsi la scène institutionnelle n’est plus pour le psychologue le lieu de projection, de répétition, de l’insu qui l’aliène.


Cet abord complexe qui permet de repérer ce qui nous détermine comme sujet mais aussi comme professionnel (psychiquement et socialement donc) peut favoriser l’accès à la position de sujet de la pratique. Dès lors, c’est une clinique spécifique qu’il peut offrir, dont le fondement (il revient à Freud d’en avoir ouvert la voie) est radicalement différent des pratiques et des orientations où se déploie son acte.


C’est à une demande d’un usager, d’une équipe, que nous répondons présents en établissant un cadre spécifique à partir de ce que nous avons entendu.