La clinique dans tous ses états ...
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La clinique dans tous ses états
Décembre1993


Clinique et Ethique

 

 


Quel est le sens de l’interrogation éthique généralisée dans les sciences humaines ? Peut-être la sourde perception que la civilisation dans laquelle nous vivons s’oriente peu à peu, du fait du discours de la science, vers la barbarie, la désujétisation qu’il impose. Ce que le discours de la science écarte pour se constituer, il le considère comme « non existant ». N’est-ce pourtant pas cela qui fait retour dans la désintrication sociale et l’effondrement des références fondamentales de la civilisation humaine ? (Une psychologue « scientifique », c’est-à-dire comportementaliste, pouvait repérer quand il lui fut demandé de renoncer à la publication de ses recherches, en évoquant son « état dépressif » et son « travail de deuil ». Quelle  reconnaissance de la réalité psychique !).
Spécifiquement, dans notre profession, c’est la perception que les discours positivistes en position maître dans les champs institutionnels ne garantissent plus un espace de libre expression, puisque chaque parole doit être répertoriée, informatisée, catégorisée. D’où l’importance d’une réflexion sur les termes employés dans les projets de chartre éthique : devons-nous ainsi « étudier les comportements » ? Pour de nombreux psychologues, il s’agit plutôt d’écouter un sujet qui parle et de garantir l’intimité de sa parole.
Dès lors la question éthique vient dans la tension qui existe entre une offre professionnelle qui propose un espace d’accueil et d’écoute d’une parole singulière, une demande des individus qui peut aller dans ce sens et une demande socio-institutionnelle qui peut s’en éloigner.
Bien évidemment des psychologues peuvent participer à la police des consciences. Evoquons cette intellectuelle d’un pays de l’Est qui souhaite parler à un psychologue. Comment peut-elle le rencontrer quand quelques-uns de ses amis, enfermés dans un hôpital psychiatrique, se trouvent convoqués par des psychiatres et des psychologues pour les « faire taire » ? D’où la nécessité de réfléchir à l’une des propositions qui évoque le « bien-être des institutions ». (Quant au « bien-être », combien d’aberrations se sont produites en son nom ?).
Si cette situation est caricaturale, ce qui se passe dans les pays démocratiques ne mérite pas moins d’être étudié. Du côté du psychologue, cela tient généralement à la confusion des positions : en place d’expert, il se transforme, par exemple, en analyste sauvage. Ce que nous enseignent nos collègues dans les stages Anrep, ce sont leurs difficultés à maintenir un espace de libre expression, dont la nécessité n’est plus à démontrer. C’est qu’un code de déontologie peut remplir sa fonction tierce en remettant au psychologue la responsabilité de ce qu’il fait.
Mais reste que la position éthique est un mode d’ETRE fondée sur des refus. Elle se montre dans des situations extrêmes où le tragique est toujours présent.