Sur quelques maîtres du cognitivo-comportementalisme...
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Sur quelques maîtres du cognitivo-comportementalisme

 

 

 

LA FORMATION UNIVERSITAIRE

LE DESIR DU PSYCHOLOGUE FACE A LAPRATIQUE

Par Georges Schopp  

Conférenceprononcée à Lyon le 12 novembre 1988 au Rassemblement National de laPsychologie à l’invitation d’E.L.Y.PSY (Association d’étudiants en psychologiede Lyon 2)

 

Ce n’est que trop rarement quedes étudiants, des professionnels et des universitaires viennent à parler ensemblede cette question si ardue de la formation des psychologues.

J’en mesure le prix et le risque.

Le prix, car échanger nos pointsde vue sur cette question nous mènera un peu plus loin dans nos réflexionsrespectives.

Les risque puisque cette questionde la formation est propice à tous les dérapages imaginaires. Je vousrenverrai  ici à l’incontournable « fantasme et formation »(Dunod) des Professeurs Anzieu et Kaës. Ceci dit en passant, je fais partie deceux qui savent ce qu’ils doivent à leurs actions et élaborations.

Le risque encore, car peut-êtren’existe-t-il pas de solutions institutionnelles à cette question de laformation du psychologue dans la perspective de sa professionnalisation.

Paradoxalement, l’inadéquation dela formation universitaire fut déterminante et positive pour toute unegénération de psychologues. Cela les amena à prendre leurs responsabilités et àchoisir quelques interlocuteurs pour soutenir une ré-élaboration à partir de lasouffrance née de leur premier contact avec la vie professionnelle.

Mon exposé s’adresse à ceux quisouhaitent devenir psychologues cliniciens quel que soit d’ailleurs le champ deleur intervention.

Devenir, car il s’agit bien d’uncheminement infini. Je n’emploie plus, pour ma part, psychologie clinique,notion dont on ne sait plus très bien ce qu’elle recouvre, mais psychoclinique,concept forgé à l’articulation de ma formation analytique personnelle, dessavoirs théoriques acquis, ceux-ci confrontés à la pratique. Il correspond àune théorisation des pratiques psychologiques). Je donnerai aujourd’hui de ceconcept la définition suivante : la psychoclinique est une tensiondialectisée entre les déterminants inconscients du psychologue,c’est-à-dire le repérage de ce à quoi il est assujetti, les déterminantsinstitutionnels, c’est-à-dire les discours implicites qui sont leur fondementet les déterminants des professionnels et des usagers qui nous demandentd’intervenir. (Etant entendu qu’une demande ne naît pas spontanément maisqu’une offre reste nécessaire).

Il est de bon ton, du côté desprofessionnels, de critiquer le contenu de la formation universitaire.

Si, bien entendu, nous avons desarguments, ce n’est pas la bonne direction pour aborder ce dont il s’agit etqui motive ce colloque.

Nous avons bien sûr, le sentimentdans l’après coup de ce qu’a magnifiquement écrit Mr Kaës dans le livre déjàcité, nommément ce qu’il appelle l’épreuve de merde.

« Vous voulez étudier lapsychologie ? Vous apprendrez de la statistique, de la physiologie et toutce que vous n’avez jamais osé demander sur la vie sexuelle  …. Desépinoches ».

Ceci est d’ailleurs parfaitementdaté dans l’histoire de la psychologie, au moment où elle s’articule àl’université. Je dirais même que c’est son péché originel.

Il faut ici remonter à ThéoduleRibot, relu récemment dans le cadre d’une recherche épistémologique. Ribot, àla fin du 19ème siècle est à l’origine de la rupture et del’autonomie de la psychologie vis-à-vis de la philosophie dans son livre Lapsychologie anglaise contemporaine mais simultanément de son aliénation àla (psycho)physiologie dans son livre La psychologie allemande contemporaineà un moment où, je le signale en passant, Freud, formé aux meilleursmaîtres de cette école allemande, commence à s’en dégager. Il est donccertainement nécessaire que la formation universitaire soit rénovée dans sespremières années et s’ouvre à la linguistique, à l’anthropologie, à l’histoirede la psychologie, à l’histoire des sciences.

Mais est-ce pour autant que celapréparera plus facilement le psychologue à ce qui l’attend ? Les critiquesles plus vives vis-à-vis de la formation universitaire sont issues desprofessionnels qui cachent mal l’Envie d’y participer et dont le motif le plusnoble s’étaye sur l’idée qu’ils pourraient par-là favoriser, voire inculqueraux étudiants, de la psychologie praticienne.

Un étudiant averti en vaut deux,c’est certain, mais s’aperçoivent-ils qu’ils transmettraient alors leur savoirdans une position qui, justement, les intégrant dans le discours universitaire,leur ferait rater leur but ? Et cela dans le meilleur des cas,c’est-à-dire dans la mesure où le praticien ne se serait pas identifié fantasmatiquementà l’universitaire.

Aucun savoir, si juste soit-il,ne peut venir résoudre ce qui est au fondement de l’acte psychologique.L’inadéquation de la formation et de ce qu’elle vise est fondamentale. Laformation universitaire ne peut venir que renforcer l’Imaginaire du futurpsychologue en favorisant la position de toute puissance de celui qui sait.

La meilleure formation de touteune génération de psychologues, elle l’a trouvée dans la mise en œuvre de cetillusoire : le savoir est opératoire dans les pratiques. C’est de cette ruptureque peut naître une praxis rénovée et une identité assumée.

Aborder la question de laprofessionnalisation par le biais du stage me paraît mieux la positionner.

Mais c’est là que justement toutcommence.

Tout commence du côté desuniversitaires. On pourra mesurer l’intensité de leur appui au souhait quiconsiste à intégrer le stage à une place qui ne soit pas celle de la« bonne à tout faire » (cf. Freud 1938) dans la formation dupsychologue.

Si la nécessité des stages sembledésormais admise par tous (l’A.E.P.U. a lors de ce colloque pris position« marquant fermement l’importance des stages »), cette demande mérited’être interrogée. S’il est désormais admis que le stage est un moment fécond,la situation de non-préparation, l’urgence, l’obligation, la contrainte queressentent les étudiants tendent à en réduire considérablement la portée.

Il n’existe qu’en trop peud’endroits des espaces permettant aux étudiants de reprendre et élaborer ce quiles aura interrogés dans le stage. Cette mise en place des stages ressemble partrop de côtés à un acting out et le malaise des étudiants n’est que le signed’un dysfonctionnement symbolique entre les universitaires et les praticiens dela psychologie.

Mais tout commence aussi du côtédes professionnels. Du stage ai-je dit, c’est déjà pour me démarquer deceux qui avancent des stages, c’est-à-dire de ceux qui les positionnentdans le  droit fil de l’apprentissage positiviste : quelques stages chaqueannée, dans chaque secteur, pour que l’étudiant …voit.

Cette méthode me paraîtcritiquable surtout pour ce qu’elle laisse de côté, c’est-à-dire la spécificitéde ce que le stagiaire a à apprendre de sa position qui le situe, à partir dece qu’il sait, à l’articulation d’un psychologue et de deux institutions :celle où le psychologue le reçoit, celle d’où il arrive. Elle laisse de côtéaussi cette question : qu’est-ce que diriger un stage pour un psychologuequi reçoit un stagiaire ? (Encore faut-il le rencontrer. Tout commence aussipour l’étudiant).

Je laisse de côté toutes desdénégations, évitements, gênes des professionnels qui sont encore nombreux àrefuser des étudiants qui seraient susceptibles d’apprendre leur misère. Ilssont nombreux encore à s’en défendre et de la plus subtiles des façons,puisqu’elle prend le visage du libéralisme : « deviens mon ami ;viens rompre ma solitude, fais ce qu’il te plait ». Ce ne sont pas lesmoins pernicieuses.

Qu’est-ce que diriger unstage ?

C’est d’abord accueillir unedemande de celui que j’appelle stagiaire. Cela indique je ne n’auraiscertainement pas à l’enseigner, à diriger sa conscience, mais à lui permettrede découvrir ou pour le moins mettre sur la piste qu’au-delà de sa demande quiest très précisément d’en savoir encore plus, du côté des entretiens, destechniques, sur l’institution qu’il a choisie, etc. … C’est autre chose qui lepousse, qui le taraude quelquefois et que c’est justement cela qui officieraquand il travaillera. Les premiers entretiens visent à permettre qu’il s’appropriela demande, d’abord universitaire, et l’élabore pour son propre compte.

Je lui présente ensuite lesservices, il participe aux réunions, aux premiers entretiens, apprend peu à peuà gérer les demandes qui peuvent lui être faites, pour ceci en fonction des contratsqui me lient aux divers lieux institutionnels. Chaque semaine, nous consacronsun temps que j’appelle temps de symbolisation. Là, le stagairisant évoque cequ’il a repéré chez les autres, s’engage sur la voie d’une analyse institutionnelleet évoque les effets produits sur lui-même.

Cette dialectisation entre cetemps d’implication et ce temps de symbolisation produit des effets quipermettent  de repérer des non-sus mais pas au lieu où ils étaientd’abord attendus. La mise en place de cette méthode (qui signifie en greccheminement dynamique), je la nomme cadre symboligène. Elle permet dereconnaître le stagiairisant comme sujet et favorise en fonction de ses désirs(toujours préalablement verbalisés), son rôle actif. Il pourra ainsi, au momentqui lui convient (ce n’est jamais le même pour chaque stagiaire), mener unentretien. Ce simple repérage, car il n’est pas question d’aller au-delà (libreau stagiaire d’aller voir de plus près ailleurs et en son temps), permetd’éviter au futur jeune professionnel de rater d’emblée son entrée.

Je mène par ailleurs des stagespour des psychologues en exercice dans le cadre d’une association (A.N.R.E.P.)et je peux garantir que tous ont le sentiment d’avoir manqué quelques chose àun moment précis.

« Mes » stagiairisantssavent qu’ils devront passer d’une demande d’emploi où n’est pas exclu leforcing, chacune le sait, à une offre de travail et que c’est de cet écartqu’adviendra le désir de travailler avec eux. L’acte qui suit cette offre detravail, c’est très précisément …. d’attendre.

Et l’on sait combien il estdifficile d’attendre quand on a le sentiment de détenir les clés quipermettraient de résoudre les problématiques dans lesquelles sont empêtrées lesinstitutions. Mais quand on y réfléchit d’un peu plus  près, ces difficultéssont directement la conséquence du refoulement, voire de la mise à l’écart dece qui est au fondement de notre pratique. Cela doit nous mettre la puce àl’oreille et nous amener à une certaine prudence.

C’est par la question dutransfert que je terminerai. (On peut appeler ce qui est fondement de lapratique du psychologue « interaction » ou « implication »,mais c’est bien, en dernière analyse, le transfert qui en est la théorie. Cequi me paraît essentiel, c’est de re-prendre cette question du transfert quandelle sort de son baquet traditionnel, le divan. Reprendre, car ce concept futrepéré par Freud …. avant  le dispositif du divan.

Le transfert quand lepsychologue arrive et travaille en institution, c’est ce qui englobe ensemblel’un et l’autre.

Au départ, donc est le transfertet quoi qu’en pense le psychologue … il est attendu …. attendu au tournantd’ailleurs car, comme je l’évoquais précédemment, il arrive à une place quiprésentifie justement dans la réalité ce que chacun d’une façon ou d’une autre,selon sa structure, ne veut pas connaître.

Par ailleurs, son savoir, c’estce que très précisément la pensée occidentale dominée par la démarchescientifique, rejette. (Ce qui me fait dire que c’’est en partie seulementque les résistances aux psychologues sont les résistances du psychologue). Ilest simultanément nécessaire que le psychologue le sache mais aussi l’assume.

Nous ne serons jamais intégrés àla même place que les avoirs positivistes (médicaux, sociaux, pédagogiques)mais peut-être là au moment où ils ratent, dans leurs failles, voire leursfaillites. (Ils se leurrent ceux qui, s’accolant une étiquette expérimentale,pensent obtenir une place équivalente). Plus nous avançons en nous-même surl’essence de notre fonction, plus on repère que la fameuse « crised’identité du psychologue » n’est pas là où on la croit, mais qu’elle estla conséquence d’une vision superficielle des choses.

A quelle place est donc attendule psychologue ?

Justement, à une place où lepousse peut-être sa pente naturelle mais aussi sa fonction universitaire :celui qui SAIT, et c’est justement à l’occuper que vous naître pour lui les difficultés.Il pense qu’il faut faire sa place, souvent à n’importe quel prix, et en fait,c’est de s’en garder qu’il sera amené à se la faire .

Eviter d’occuper cette place,c’est se tenir à distance de ce que j’appelle la jouissance institutionnelle,jouissance dont on sait qu’elle s’accompagne toujours d’une certaine douleur,puisqu’elle prend sa source au niveau de la haine fondamentale qui nous habite.

Ce que le stagiairisant doitsavoir à la fin d’un stage, c’est se démarquer de cette place qui l’identifie àcelui qui sait et de savoir que ce n’est pas son savoir qui est opérant dans sapratique.

Quand ce moment advient dans lestage, le stagiairisant traverse un moment de flottement, voire un momentdépressif. Le deuil qui s’accomplit alors, tous les cliniciens le savent, estsalutaire et inaugural d’une autre et véritable façon d’être clinicien. Plutôtdonc qu’une opposition stérile entre la formation universitaire et laprofessionnalisation, c’est une articulation contractuelle qu’il s’agit depromouvoir. Chaque partie doit savoir ce qu’elle peut transmettre et quellessont ses limites. Les universitaires doivent renoncer au fantasme du« tout transmettre » alternatif simultanément à une position depuissance mais aussi à une position de démission de leur mandat où la mauvaiseconscience ne serait absente.

Les étudiants doivent renoncer aufantasme de « tout attendre des autres » dont ils supposent qu’ilssavent mais aussi au fantasme d’une adéquation parfaite entre la formation etses visées.

Les praticiens doivent renoncerau fantasme du « faire mieux » dans le lieu universitaire. Ilsdoivent aussi renoncer au fantasme qui consisterait à penser que toutes leursdifficultés pourraient être réduites par des avancées statutaires. A contrario,ils doivent renoncer aussi au fantasme que leurs difficultés pourraient êtreréduites totalement par l’engagement analytique. C’est à partir de là qu’unvéritable dialogue pourra s’inaugurer entre chacune des parties. Car je ne dispas ici que le psychologue ne doit rien savoir, il doit en savoir le pluspossible, mais il doit savoir simultanément que pour être opératoire dans larencontre clinique, il devra l’ignorer.

Nous sommes psychologues quandnous avons acquis les savoirs qui nous sont dispensés à l’université, noussommes psychologues quand nous avons acquis les diplômes requis par le Titremais, et je terminerai là-dessus, nous devenons psychologues cliniciens oumieux psychocliniciens quand nous nous sommes interrogés sur le désir qui nousa amené à exercer cette profession…. comme un symptôme.

C’est le chemin que je propose,qui peut paraître difficile, mais c’est au-delà que se situe une positionclinicienne assumée.