La clinique dans tous ses états ...
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La clinique dans tous ses états


Mai 1986
La digue du cul (bis)
Sur la route de Nantes
Etc…

 

  1. Qu’est-ce qui vous arrive ! Vous êtes fou !
  2. Euh … je ne sais pas … laissez-moi vous expliquer.
  3. Qui ne connaît ces charmantes bluettes que chantent un soir de goguette nos joyeux carabins ?

Elles viennent d’être éditées par l’association des salles de garde de médecins et pharmaciens en « un volume grand format généreusement illustré » (1) par Laville, Mose, Sabatier, Siné, Triez…
Si la médecine a évolué depuis le début du siècle, lit-on dans la publicité parue entre autres dans « le Monde » et le « Nouvel Observateur », les étudiants sont restés dans l’ensemble, fidèles à certaines traditions séculaires. »


Nous viendrait-il à l’idée de juger sévèrement ces chanteurs qui ne sont pas toujours de bois et de les condamner pour outrage aux bonnes mœurs ?
Il n’y aurait guère que le personnel de l’internat pour émettre quelques protestations, lui qui, en première ligne expérimente souvent les extravagances et les audaces de nos joyeux drilles.
Mais il leur est, le plus souvent, pardonné, car ces débordements sont mis au compte de la pression qu’ils subissent dans leur apprentissage.


Que certains autres, face à cette exubérance, évoquent une certaine misère sexuelle, n’est pas faire de la psychologie à la petite semaine ?
D’autres y condamneront un discours quelque peu machique. Mais nos charmantes ouailles ne manqueront pas de rétorquer, à juste titre, que quelques «  hystéros et nymphos » ne sont pas les dernières à pratiquer.


Au fond de l’Hôtel-Dieu, nom de Dieu
            Y avait une surveillante
            Qu’avait tant d’amoureux, nom de Dieu
            Qu’elle n’savait lequel prendre
            Ah ! Nom de Dieu


Puis un jour, vient « l’enterrement », fête bachique qui simultanément marque la fin de l’internat, son deuil, et l’entrée dans la respectabilité. Dès lors, qu’est-il advenu ce de qui, jusque-là, apparaissait dans  cette luxuriante débauche et qu’on retrouve dans ce véritable annuaire des perversions ?
Comme l’indique CLAVREUL, « La licence des mœurs de salle de garde ne fait-elle pas écho à l’austérité exigible dans les salles d’hôpital ? » Ceux qui sont portés aux conversations grivoises ne sont-ils pas ceux qui sont simultanément indignés d’entendre parler de sexualité scientifiquement ?
C’est en tout cas ce qu’avança FREUD, quand il observa les réactions à ses « Trois essais sur la sexualité » : le scandale, les oppositions, les déchaînements chastes qui entourèrent la parution de son livre ne le surprirent pas outre mesure. C’est qu’il en avait vu d’autres, et il écrivit alors : « Les plus bénignes d’entre les soi-disant perversions sont très largement répandues dans tout la population, comme tout le monde le sait, excepté ceux qui traitent ce sujet d’un point de vue médical. Ou plutôt, devrais-je dire, ceux-ci le savent également. Ils prennent seulement soin de l’oublier au moment précis où ils prennent leur plume pour l’écrire. »


« Cerveau atteint d’érotomanie », ces termes accueillirent en France les travaux de FREUD qui montraient que l’étiologie des névroses prenait naissance dans la vie sexuelle du sujet. C’est autour de cette découverte que se déchaînèrent les passions et l’hostilité aussi bien du monde médical, psychologique que philosophique (on évoqua le pansexualisme).


Qui peut dire aujourd’hui qu’il n’entend plus ce genre de commentaires ?
Cette irruption de si coquins cantiques n’est-elle pas une tentative maladroite face à ce qu’indiquait LACAN, nommément : « La réalité de l’inconscient, c’est –vérité insoutenable- la réalité sexuelle. » (Séminaire XI, p 138) ?

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