La clinique dans tous ses états ...
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La clinique dans tous ses états
Juillet 1986


Une figure nouvelle  vient d’apparaître dans notre profession : celle de charlatan.

 


Charlatan s’origine de ciarlare, qui signifie bavarder au sens de bonimenter.


C’est à la fin du 18ème siècle, dans le champ médical, que simultanément prospère une foule de guérisseurs, d’empiriques et s’élèvent des voix pour dénoncer « ces individus peu instruits, qui de leur autorité, sont érigés en maître de l’art » (cité par M Foucault)


Le médecin formé par la Faculté n’avait pas non plus bonne réputation. Il est décrit comme « pédant, vaniteux, impuissant, méprisant, étalant avec suffisance ses connaissances du latin ». On perçoit bien déjà que se posent de façon concomitante la délimitation d’une profession et de la formation.


Il n’en va pas différemment pour les psychologues. Dans une brochure éditée par l’ANOP (Actions 1981/1984) n’est-il pas écrit : « L’absence de définition légale de l’usage du Titre de psychologue permet tous les charlatanismes et tous les abus. » Le titre défini en fonction du cadre universitaire laisse en suspens son contenu ; c’est celui-ci, désormais, qui devient l’enjeu principal des prochaines années.


Ce qui se profile derrière ces dispositions légales c’est fondamentalement « une nouvelle disposition des objets du savoir » qui ne peut advenir qu’au prix du deuil d’un apprentissage strictement livresque, permettant l’accès à une pratique de la découverte, de l’analyse et de la recherche (je ne saurai trop insister sur l’importance fondamentale des stages).


C’est l’accusation de « charlatanisme » porté à l’encontre de Reik (pour exercice illégal de la médecine puisque docteur en … psychologie) qui amena Freud à écrire « la question de l’analyse profane » où il avance les critères de la formation analytique. Ce qui apparaît immédiatement, c’est la différence quant à l’émanation de ces critères de reconnaissance.
Pour les deux professions (médecins, psychologues), c’est de l’état que s’origine la légalisation ; pour la fonction d’analyste, ce sont les critères de l’intérieur des instituts de formation.
Si le titre était une nécessité impérieuse pour notre profession, il perdrait son sens si n’était posée en filigrane la question d’une « épistémologie des pratiques » et celle d’un renouveau clinique ; dans ce domaine, tout reste à faire et cela situe nos responsabilités.


Ne ressemblons-nous pas encore trop aux médecins décrits par Molière ? (certains discours ésotériques tenant lieu de latin.
Comme je l’ai indiqué par ailleurs, les résistances aux psychologues sont assez souvent les résistances des psychologues  eux-mêmes.


Le Titre donc ne nous fait pas sortir automatiquement du charlatanisme. C’est une nouvelle approche des faits individuels, groupaux (institutions, familles, etc…) avec un effet d’ajustement aux particularités de chaque problème, qui devient notre objectif prioritaire. Elle devrait aboutir à une clinique qui ne serait ni une pratique sans savoir, ni un savoir accumulé à partir de lui-même, mais plutôt une alchimie des deux dans une articulation dialectique permanente.


Ce clinicien d’un type nouveau sait qu’il est lui-même inclus dans ce processus. Cela oriente déjà le travail qu’il doit accomplir sur lui-même.