La clinique dans tous ses états ...

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La clinique dans tous ses états
Février 1987

 

LA PSYCHANALYSE, BONNE A TOUT FAIRE OU FONDEMENT DES PRATIQUES ?

 

 

Je soutiens (mes vues) avec encore plus de force qu’auparavant, face à l’évidente tendance qu’ont les américains à transformer la psychanalyse en bonne à tout faire de la psychiatrie. »


Cette place de bonne à tout faire ne peut-on dire aujourd’hui, qu’elle se tient uniquement en Amérique ?
N’existe-t-il pas, en France même, des endroits où « la bonne » est congédiée, sans ménagement et sans indemnité ?
Schnier pensait que Freud avait changé ses vues sur la psychanalyse pratiquées par les non-médecins. Freud s’affirma laïc et fut le défenseur sans faiblesse de Reik, accusé de charlatanisme puisque psycholophilosophe (cf. l’analyse profane – Gallimard)


Les psychologues eurent à subir, subissent encore l’impossibilité de mener à bien leur pratiques pour la seule raison « de n’être pas médecin ».
Cette situation ne concerne pas l’ensemble du corps médical, puisque des médecins de disciplines diverses collaborent et travaillent de plus en plus souvent avec des psychologues qui, bien accueillis, apportent une contribution efficace au travail thérapeutique.


C’est toujours du côté des psychiatres qu’émanèrent accusations et procès dont le premier et le plus fameux reste « l’affaire Williams » que nous relaterons un peu plus tard.
Ce n’est pas non plus l’ensemble des psychiatres puisqu’à cette époque, si l’on trouvait parmi les procureurs Delay, Lhermitte, etc…. les avocats se nommaient Lagache, Heuyer, Lacan.
« Être psychanalysé » ne préserve pas à ce sujet de certains égarements : on se rappellera, pour mémoire, la tentative de Lebovici en 1973 de réduire les actes des psychologues aux aspects psychotechniques.


Ce qui n’empêche pas aujourd’hui, en de nombreux endroits, la pratique de psychothérapies par les psychologues, avec ou sans la bénédiction  de leur chef de service (pour ma part, 3 sur 4 du service m’ont envoyé des patients). Est-ce pour autant suffisant ?
La psychanalyse et/ou une pratique fondée sur ses orientations, n’est-elle pas trop souvent intégrée dans, prescrite dans et par le discours médical ? N’est-ce pas trop souvent en position de technique d’appoint ?
La psychanalyse est en position aujourd’hui de servir de base à une nouvelle approche clinique et une intervention psychothérapeutique rénovée. Il faut, pour cela, faire preuve d’invention et d’innovation pour découvrir de nouveaux setting, baquets, cadres permettant une approche de pathos, de situations, de conduites variées et évolutives.
C’est le sens de ce que j’ai appelé, par ailleurs, le retour au bon sens de la pratique de Freud.

  1. VERS UN SECOND GRAND RENFERMEMENT ?

Manifestement, une nouvelle demande sociale d’enfermement s’exprime depuis quelque temps. Les toxicomanes deviennent des délinquants. La prévention (dont il y aurait tant à dire) est remplacée par  la répression : 130 postes d’éducateurs sont remplacés par autant de gardiens.
Pour la comprendre, il est peut-être nécessaire d’analyser les précédentes. Etudiant le renfermement dans la généralité de Caen au 18ème siècle (Psychologues et Psychologies- n° 64), j’interrogeais Monsieur Foucault sur ses causes. Il m’’écrivait alors que l’enfermement s’expliquait « par deux séries de facteurs distincts mais non indépendants. D’un côté, un développement ou une sensibilité plus grande à certains phénomènes de délinquance… d’autre part, des modifications institutionnelles dans les régimes d’internement ... »


On se rappellera qu’en cette fin du 18ème siècle, une crise et une mutation économico-sociale battaient leur plein.
Etrange coïncidence ….
Les mesures du Ministère de la Justice furent présentées et justifiées par un neurobiologiste. Il n’est plus à démontrer que la neurobiologie pour la pratique médicale et le behaviorisme pour la pratique psychologique se font les agents d’une politique visant la désujetisation des individus.(Un psychiatre-psychanalyste me disait récemment ses difficultés pour trouver des subventions pour son centre, du fait même de ses orientations).


Cependant, la majorité des praticiens du secteur sanitaire et social (psychiatres, infirmiers, éducateurs, psychologues, etc…) bien informés à l’utilisation à des fins normatives de leur action, ne sont certainement pas prêts à se laisser manipuler dans ce sens. Là, comme ailleurs les clivages ne sont pas interprofessionnels mais intra-professionnels. Des regroupements transversaux sont donc possibles pour donner une assise et un poids aux souhaits et à la parole des acteurs sociaux convaincus que la voie de l’enfermement est une solution aberrante pour sortir des difficultés que traverse notre société.
La société traverse une crise d’identité. La crise des idéologies laisse la place aux crises intra-professionnelles.


L’hypothèse freudienne de forces mortifères à l’œuvre dans la civilisation et au fondement même de son malaise, reste pertinente. Comment dès lors en atténuer les effets ?