La clinique dans tous ses états ...
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La clinique dans tous ses états
Avril 1987

 

VERS UN ECHEC DES STRUCTURES INTERMEDIAIRES ?

 

La politique de secteur implique l’émergence de nouvelles structures, de nouveaux espaces institutionnels.
Un premier mouvement de sortie de l’asile s’était opéré vers les hôpitaux généraux. On pensait ainsi en faire un service comme les autres et permettre le maintien des préoccupations somatiques vis-à-vis des malades mentaux et réciproquement du regard « psy » sur les maladies organiques.


Dans les faits, cela se passe-t-il ainsi ?
Les services ne se trouvent-ils pas assez rapidement isolés d’une manière peut-être moins visible, mais plus subtile ?
Les portes restent bien souvent fermées. A cet enfermement institutionnel, ne s’en ajoute-t-il pas un autre, l’enfermement dans le discours médical ? (on se reportera au fameux article de Green « Le triple verrou »).
Si résister à l’emprise de ce discours reste difficile, ça l’est d’autant plus que certains, par le biais de cette réintégration dans l’hôpital, imaginent gagner ainsi une supposée respectabilité.
Chimère !


Leurs confrères d’une spécialité « noble » restaient d’une hostilité feutrée, je le concède. Quel que soit le tribu qu’ils paient pour ce désir, qui peut aller jusqu’au renoncement à ce qu’on croit être juste, ils demeurent à l’écart.
Un autre mouvement consiste en une alternative à l’hospitalisation. Comme le rappelle Reverzy, ces structures s’originent d’une double critique : une critique sociologique de l’hôpital psychiatrique, une critique de la clinique médicalisante, dépassée pour répondre à la souffrance d’un être humain.


Que deviennent ces structures quand ces deux piliers viennent à manquer ?
Ne voit-on pas s’installer peu à peu l’ordre asilaire ?
Ces structures qui se sont instaurées en opposition à un certain fonctionnement ne s’y trouvent-elles pas réintégrées ?
La structure intermédiaire est-elle bien une alternative quand elle ne s’accompagne pas d’un renouveau clinique et thérapeutique ?
C’est l’erreur fondamentale des promoteurs de ces alternatives de ne pas l’avoir dit plus clairement.
Nous entrons dans une période historique où seule une nouvelle découpe des choses, une nouvelle répartition des responsabilités pourront transformer cet état de fait. Dès lors les clivages professionnels sont largement dépasser. La conception clinique seule est apte à marquer les différences.


DEUX OU TROIS CHOSES A PROPOS DU RAPPORT DEMAY
En 1982 paraissait ce qu’on a appelé le rapport DEMAY, une voie française pour la psychiatrie. Les idées qu’on y trouve développées sont fort intéressantes, bien qu’on puisse y repérer une récupération de quelques innovations, sans que soient traités les problèmes de fond.
La « souffrance psychique » appartient-elle à une discipline ?
C’est ce qu’on trouve affirmé dans ce rapport, puisqu’elle devient le domaine propre de la psychiatrie.


Indiquons que cette forme d'OPA reste pour le moins problématique. L’objet de la psychiatrie reste la maladie mentale. Bien des personnes en souffrance souhaitent,  et c’est salutaire, ne pas être identifiées à la psychiatrie. Certains courants de psychiatrie par la méconnaissance qui les guide sont eux-mêmes producteurs de souffrance.


La souffrance psychique est une dimension de l’Etre. Elle ne pourra en aucun cas être réduite dans/par un discours quel qu’il soit. Comme l’indiquait Lacan dans son séminaire sur les formations de l’inconscient, le désir du fait même de son excentricité par rapport à toute satisfaction, lui assure une sorte d’affinité avec la douleur.


Ce rapport n’est pas dénué non plus de coups bas. Les psychologues sont, en effet, nommés comme venant menacer la spécificité de l’infirmier. Une telle affirmation, dont l’intention est si évidente, ne mérite pas plus que d’être soulignée. Elle disqualifie son auteur.