Une pratique interdisciplinaire autour de la douleur...
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Les préfaces

Autour de la douleur et d’une pratique interdisciplinaire


Préface de Georges Schopp – juin 2011

 

Ces textes relatent la pratique développée avec le Dr Boinet dans le cadre d’une consultation de la douleur de 1984 à 1990.
A cette époque, pas si lointaine, il y avait moins d’une trentaine de consultation de la douleur en France. La douleur était très mal prise en compte, médicalement. Evoquons pour mémoire ces patients atteints d’un cancer généralisé, traités ….. avec un Dafalgan. La douleur n’était prise en compte que chez à peine 20% des malades hospitalisés.
De nombreuses études montrent que jusqu’aux années 2000 les progrès ont été très lents.
C’est que fondamentalement la médecine de plus en plus scientifique résiste à appréhender une souffrance qui s’exprime de façon subjective.
Déjà à cette époque, quand nous nous rendions à Lariboisière, outre les enjeux de pouvoirs qui se dessinaient dans une violence à peine dissimulée, les enjeux entre une médecine dure neuro-chimique et une médecine ouverte, humaine, interdisciplinaire, faisaient rage.
Il existait quelques équipes qui intégraient la psychologie dynamique. Les débats pouvaient encore se tenir puisqu’il s’agissait d’un champ praxéologique nouveau.
Les premiers ont gagné ….. reculant devant la levée de refoulement nécessaire à la mise en œuvre de notre pratique.
Comment un patient qui vient avec une demande somatisée peut passer au psy quand le somaticien, par son examen clinique et les examens complémentaires constate « qu’il n’y a rien » ?
Nous avons nommé cette pratique par le concept de « transfert du transfert ».
Cette pratique a permis à des patients de sortir de la réitération des consultations (….. et des examens complémentaires infinis : plusieurs scanners, IRM, etc…).
Nous consultions toute la journée et le soir nous confrontions nos expériences jusqu’à plus d’heure. Je garde de ces années riches un souvenir ému.
On trouvera ci-dessous les textes suivants :

    • Intervention sur l’œuf transparent, accompagné d’une réponse de Monsieur Jacques Testard (Psychologues et Psychologies – avril 1987 – n° 76).
    • D’une représentation l’autre : de la demande somatisée à l’élaboration symbolique (Psychologie Clinique – n° 2 – 1989).
    • Douleur, dépression masquée et masque de la dépression (le Journal de psychologues – avril 1989 – n° 66).
    • Effet placébo-nocébo et douleur clinique : proposition d’approche (Agressologie – février 1988 – volume 29 – N° spécial 2). Ce texte sera publié ultérieurement.

    PREFACE du DrJean Pierre Boinet

             Un ami écrivain et historien avait ses habitudes dans un petit restaurant bretonnant et décontracté du XIV ème . Nous devisions souvent . Un jour j'ai risqué d'avancer qu'un freudien précurseur était M. de La Rochefoucauld dans ses Maximes  : «  Cela fait des années que je le pense aussi et c'est bien la première fois que je rencontre quelqu'un qui le partage»
    Emotion palpable dans cet échange sur la nature humaine ….
    Bien sûr il y a tous les autres et la longue saga guerroyante des « psy » , mais enfin , nous étions d'accord : « Cela vient de loin semble-t-il ! »

    La relation soignante nous met au plus prêt de la condition humaine car l'éthique de la compassion est ontologique de cette condition . Le reste et toutes les contorsions sonnent faux , même ou surtout les plus savantes .
    C'est dans la chiennerie et les affres spéculaires de la compassion que l'on ressent «  les choses » : voyage au bout de l'autre et de nous même , et encore …
    Mais quid d'une dialectique de l'observeur et de l'observé, pour quelle demande, sous quel contrat , sous quels auspices assignés du savoir ?

    Dans cette approche il m' est apparu bien vite que le travail fondamental mené avec Georges Schopp sur l'articulation d'une connaissance en acte permettait de restaurer le monisme de la relation au patient qui mêle les nécessités des biosciences et les déterminants inconscients de ses acteurs en situation .
    « La foule est sentimentale et a soif d'ideal , guidée par les étoiles , les voiles » Or on lui inflige des choses qui affligent …
    La pensée scientiste , économico-comptable est aussi consubstantielle de ce que d'aucuns ont nommé le « biologisme post-hitlérien » Pas moins …
    Réduire l'homme à sa portion congrue : taylorisée , marchande , bio-reproductible en attendant d'être clonable,  relève de cet évitement, de ce refoulement  impensable et impensé , et pourtant si obstiné . C'est la grande question , à jamais résumée par le cri de Primo Levi : «  Et si c'était un homme »

                                                                      Mars 2011 Dr Boinet Jean-Pierre