Impromptu sur la bien-traitance en EHPAD
Présentation
Nous entendons beaucoup parler ces derniers temps de bientraitance en EHPAD. Ce terme a été utilisé au début des années 1990, « au comité de pilotage de l’opération pouponnière » à l’initiative d’une psychologue clinicienne, D. Rapoport 1. Cette notion a pu être récupérée, répétée comme un slogan, rabaissée du côté des techniques comportementales ou utilisée comme impératif surmoïque supplémentaire pesant sur les équipes. Pour garder son sens er sa complexité originaire, qui est un parti pris d’humanité à construire dynamiquement et dans la durée, les psychologues cliniciens ont préféré l’écrire de cette façon : bien-traitance. Nous pensons que sept orientations contextuelles favorisent l’instauration de la bien-traitance en institution. ( la suffisamment bonne relation soignant/soigné).
Des soignants
Pour avoir des relations humaines, Il faut des humains. Le travail en EHPAD est pénible, quelquefois répétitif, et la présence en nombre de soignants de formations différentes (infirmiers, aide-soignants, A.M.P, agents, médecin co , psychologue …) est une condition absolument nécessaire. Peut-on laisser fonctionner un EHPAD avec un ratio inférieur à 60 ? Sinon tout discours des responsables tel que « nous aimons nos personnes âgées, … » ne devient-il pas une tartufferie ?
Les soignants formés
Ces soignants doivent être formés en permanence, certes autour des actes techniques liés à leur signifiant professionnel mais aussi aux problématiques fondamentales du vieillissement, à ses aspects pathologiques et jusqu’aux problématiques psychoaffectives et relationnelles de la vieillesse. Les équipes doivent être soutenues par des groupes de parole afin de réduire les tensions liées à la répétition des conduites agressives ou dépressives, des errances et des incompréhensions permanentes 2.
une équipe pluridisciplinaire, un espace ouvert La présence d’une équipe pluridisciplinaire comprenant des professionnels hétérogènes afin de favoriser un questionnement sur la totalité des problématiques est d’une absolue nécessité. L’espace institutionnel doit être ouvert, être intégré dans l’environnement communal, chaque famille pouvant entrer et sortir facilement. La présence d’intervenants extérieurs, d’animateurs artistiques divers (chanteurs, peintres, etc. …) souhaitant faire partager leur passion avec les personnes âgées sont un gage de cette ouverture.
Les procédures d’entrée
L’événement que constitue l’entrée en maison de retraite produit un séisme personnel chez l’entrant et dans la famille. Ce moment de séparation avec ce qui a constitué son environnent vital est source d’angoisses indescriptibles (la personne peut revivre l’ensemble des séparations, deuils, ruptures de sa vie : ce moment où tout se perd est fondamentalement dépressiogène). UN entretien psychologique est donc impératif car Il peut se (ré) activer des conflits dans le groupe familial (Qui prend la décision ? Qui s’en occupe ? Les filles ? Les belles-filles ? Qui est le plus aimé ? Place d’un compagnon, d’une compagne non officiels ?). Ces conflits qui se précipitent à ce moment là, nous n’avons pas à les résoudre mais nous devons faire prendre conscience aux protagonistes que tout cela ne fait qu’amplifier l’angoisse de la personne déjà en plein désarroi (nous avons menés la directrice et moi même plusieurs entretiens de ce type qui ont mis fins aux conflits…dans la chambre même de l’entrante et dans l’Ehpad). La culpabilité n’est pas absente dans ce contexte d’autant plus que des phrases ont pu être prononcées : « je préfère mourir que d’aller en maison de retraite » ; « tu ne me mettras jamais en maison de retraite ? ». Permettre qu’elles puissent se dire et trouver les mots qui apaisent c’est déjà soulager ces familles. Elles sont souvent allés jusqu’au bout de ce qu’elles pouvaient faire, et la perte d’autonomie rend la maison de retraite inéluctable. Sinon il est dit « tu es là pour quelques jours » et c’est l’équipe qui en récupère les conséquences, dont la demande suivante : « quand est ce que je sors ? » De plus, ce moment où les enfants doivent prendre une décision constitue une inversion générationnelle, les enfants devenant en quelques sortes les parents des parents, ce qui amplifie encore les tensions psychiques de cette période. Ce travail d’entretien à l’entrée a pour effet de ralentir considérablement les régressions massives corporelles et psychiques qui se produisent les jours suivants.(perte de la propreté, perte de l’autonomie)
Entourer l’entrant(e), soutenir la famille
La personne entrante en maison de retraite (lieu inconnu, étranger et anxiogène) provoque une détresse qui se marque jusqu’au visage par un regard inquiet, circulaire et désemparé. Etre présent, parler, rassurer, prendre la main ont pour effet d’adoucir ce passage. Cette présence vise à contrecarrer la régression psychique et somatique brutale et massive qui ne manque pas d’advenir à ce moment là. Nous devons très vite être attentif aux conflits fraternels qui ne doivent en aucun cas venir compliquer ce passage. Toute tension de l’entourage se transfère massivement sur la personne âgée tellement fragile à ce moment là, et ajoutera à sa détresse. Ces entretiens avec la famille ont pour but aussi de les soutenir dans ce moment difficile et ont pour effet d’atténuer la culpabilité présente à ce moment précis et permet d’éviter qu’elle ne se transforme en méfiance récriminatoire. Bien des difficultés qui adviennent après coup avec les familles pourraient trouver dans cet acte initial leur résolution.
Groupes de parole
Un travail régulier de parole et d’approfondissement des cas est recommandé du fait même de la tension que provoque la répétition des cris, l’errance, l’agressivité des personnes atteintes d’Alzheimer . Cette proposition est envisageable aussi pour les familles. Nous n’insistons pas plus sur ces propositions qui sont largement connues et développées ailleurs 2.
La concentration des EHPAD
Les personnes âgées vont-elles devenir …. Une matière première comme les autres ? Une malédiction pèse sur les EHPAD : les grands groupes financiers planent sur ce secteur afin d’acheter les lits et de concentrer ainsi les EHPAD. Cette concentration a pour effet de normaliser et rationaliser les pratiques, dans le sens d’un dégagement de plus- value financières. La massification qui en est la conséquence réduit de facto la proximité humaine et rend la réflexion sur les relations soignants/personnes âgées aléatoires et réduites à sa plus simple expression. La bien-traitance passe par des Ehpad à dimension humaine.
Conclusion
Voici un ensemble de procédures qui me paraissent être fondamentales à la bien-traitance en EHPAD. Elles sont les fondements sur lesquels peuvent reposer ensuite les activités créatrices tellement bénéfiques aux résidants (celui qui n’a pas observé le visage réjoui et l’humeur gai des patients Alzheimer après des séances de chant lyrique ne sait pas de quoi je parle), ainsi que les interventions médicales et psychologiques car les relations inter humaines restent compliquées.
Bibliographie