A propos du livre de M. Onfray sur Freud et la Psychanalyse

Introduction

La charge thanaphorique de M.Onfray a déjà suscité bien des commentaires dans les rangs analytiques.

Je tiens tout d’abord à me démarquer de la prestation de Mme Roudinesco à l’université de Caen en 2010. Se moquer de ce jeune homme qui déclare apprendre auprès de M.Onfray (et on apprend à l’université populaire) est indigne d’une représentante d’une pensée supposée ouverte et accueillante.

D’ailleurs la position de M.Onfray en marge des institutions officielles ne peut-elle pas être qualifiée de … freudienne ? Je ne reprendrais pas l’ensemble des critiques émises à l’encontre de l’écrit de m.onfray. Je partage le point de vue de De Mijolla (express.fr) qui situe la thèse de M.Onfray dans une certaine tradition française.

J’y ajouterais mon étonnement face aux variations de niveaux dans le déroulement même du cours : on passe du niveau philosophique argumenté ( Freud/Nietzche) aux basses allégations infâmantes. (Cela s’est-il produit dans d’autres cours ?)

Freud et l’argent

Jeune étudiant sans le sou, Freud traverse ses études dans une certaine pauvreté. Ses débuts de carrière ne sont pas trop lucratifs conséquence de ses premières avancées théoriques. Nous savons ce qui lui arriva après la publication des trois essais sur la sexualité : la mise an ban dela communauté scientifique et de la bonne société viennoise. Quand la situation s’est améliorée, il a financé de ses propres deniers ses revues et il a aidé les jeunes analystes enthousiastes mais pauvres qui le suivaient alors. Aujourd’hui des analystes travaillent dans le service public et consultent gratuitement. (La gratuité n’est pas sans problèmes : qu’on en parle aux bénévoles des associations caritatives !) Beaucoup pratiquent le paiement variable en libéral, en demandant des sommes modiques (cinq euros) aux étudiants et personnes précaires.

Freud et l’homosexualité

Concernant cette question, Freud refuse de l’inclure dans une quelconque maladie. Il a toujours tenu bon sur la bisexualité et sur le fait que la pulsion n’a pas d’objet prédestiné, et de ce fait, …ça part dans toutes les directions. Qu’en est-il aujourd’hui ? Il faut bien l’admettre la cacophonie la plus totale règne dans les positions des analystes particulièrement autour de l’homoparentalité. Les psychanalystes ont ainsi participé allègrement à la destitution du Sujet supposé Savoir (SsS), pivot de l’acte analytique comme chacun sait. L’interrogation de J.Allouch semble la plus appropriée : la psychanalyse a-t-elle à prendre position sur les modalités idéologiques et juridiques que la société avance pour régler ce sujet complexe ? Nous recevons des gays et des lesbiennes en analyse. En couple ils ont des problèmes …de couple ! Nous pouvons aussi rappeler qu’on n’a pas attendu que les homosexuels deviennent parents pour rencontrer des enfants en grande souffrance et présentant de graves pathologies mentales.

De qui M. Onfray est-il objectivement l’allié ?

Le comportementalisme, les laboratoires pharmaceutiques et les positions rétrogrades du ministère de la santé (vite, pas cher et sans penser) ne sont-ils pas les principaux bénéficiaires de l’attaque en règle de la psychanalyse ? Quel est par exemple le protocole opératoire mis en place pour un jeune (supposé homosexuel par ses parents) par un comportementaliste renommé canadien ? (Observé lors d’un voyage d’étude au Québec en 1982). Le jeune homme est recouvert d’électrodes. Il fait défiler des images de femmes, passe assez vite et s’attarde sur les photos d’hommes en montrant quelques émotions… choc électrique !!! On peut observer que les attaques contre la psychanalyse sont contemporaines de la toute puissance des laboratoires pharmaceutiques qui non seulement ont démantelé la riche clinique française et freudienne (au profit de la nomenclature américaine) mais ont aussi imposé au ministère de la santé « les bonnes procédures ». Il s’agit de prescrire des médicaments auxquels s’ajoutent quelques entretiens : la caricature est le diagnostic d’anxio-dépressif ou l’on prescrit des anxiolytiques et des antidépresseurs. On a vu arriver aussi « les bipolaires » la pharmacopée étant prête.- Quant au ministère de la santé, il favorise l’approche bio chimique, le comportementalisme, le management organisationnel et les thérapies courtes, rapidement adaptatives à la société libérale mondialisée.

Freud et la clinique

La psychanalyse a apporté une révolution dans l’écoute de la souffrance humaine et dans la façon de métaboliser les problèmes psychiques et elle a participé à la transformation de l’espace institutionnel que ce soit dans les hôpitaux psychiatriques, dans les IME et d’une façon générale dans l’ensemble des pratiques sociales (tout ceci est en voie de démantèlement aujourd’hui). Pour donner une idée de la façon dont on traitait les patients avant la psychanalyse que chacun relise mon secret de Niki de Saint Phalle.

Cette pratique instaurée par la psychanalyse nullement uniforme (de nombreux débats souvent rudes y sont menés régulièrement) ne vise ni la rééducation, ni l’adaptation, ni la normalisation. Ce n’est sans doute pas par hasard qu’elle est si vivement attaquée aujourd’hui, elle dont l’acte vise le déploiement subjectif de la personne.